Portrait de Frédéric Bousquet – “Le sentiment de laisser mon empreinte”


Après s’être perdu dans l’épuisante et onéreuse course folle que génère souvent l’agriculture intensive, Frédéric Bousquet a repris son destin en main il y a dix ans et en novembre prochain, il arrêtera complètement les brebis laitières Bio pour ne faire que des cultures de ventes Bio également.
Pour enfin, à 47 ans, avoir le temps de vivre.

En cette fin d’année 2007, Frédéric Bousquet n’en peut plus. Il y a cru pourtant à cette agriculture intensive. La course à l’armement n’a pas connu de trêve chez cet éleveur qui va toujours au bout des choses. Il est passé à plus de 1 000 brebis laitières, il a refait la salle de traite, les bergeries. Il veut développer encore et encore et entre dans une sorte de surenchère frénétique. Il monte deux bergeries pour y mettre des agneaux à l’engraissement, il en passera plus de 15 000 par an. Il croule sous les emprunts mais se dit qu’il y aura des jours meilleurs : « J’avais passé mon BTS en alternance et je me suis installé en 1994 sur la ferme familiale. J’ai repris une exploitation à 40 kilomètres du corps de ferme, je me suis retrouvé à la tête de 110 hectares. Le Bio, je n’y pensais même pas, j’étais formaté par ma famille, par mes études, par l’environnement agricole tout simplement. Je ne me posais aucune question, je voulais simplement développer. Je traitais, je désherbais, j’étais à fond sur les antibiotiques, mon métier devenait de l’esclavage mais je me disais qu’il fallait sûrement passer par là».

Avec deux salariés et demi plus Bernadette et Jean-Marie, ses parents, qui lui donnent un bon coup de main, Frédéric pense pourtant être sur la bonne voie mais réalise qu’il travaille de plus en plus tout en étant en permanence dans le rouge à la banque.

Il se sent piégé dans un système qui ne lui correspond pas et la sécheresse de 2003 va être le premier déclic. A Jérôme Delort, un représentant qui passe sur l’exploitation, il avoue, désespéré : « Je ne comprends plus ce métier… ».  Les sols ne fonctionnent plus, les terres sont bloquées, les frais vétérinaires ne cessent d’augmenter, Frédéric doute de plus en plus : « C’était psychologiquement très difficile. Entre 2003 et 2006, je n’ai pas arrêté de m’enfoncer, je travaillais jusqu’à douze heures par jour, le piège se refermait sur moi chaque jour un peu plus. J’étais au bout de la connerie. En tout, j’ai bien dû emprunter 2 millions d’euros au fil des années».

Fin 2007, Jérôme Delort change d’entreprise et part à la Sobac. Conscient des difficultés que rencontre Frédéric Bousquet, il se montre convaincant: « Il faut que tu sortes du chimique et que tu utilises les technologies Marcel Mézy ».

Pour Frédéric Bousquet, il n’y aura pas de retour en arrière : « Sans dire qui j’étais, je suis allé visiter des exploitations Bio, notamment le Gaec des Deux Vallées, chez M. Wilfrid à Arvieu, à vingt kilomètres de chez moi.  C’est grâce à lui si aujourd’hui je suis en Bio et je ne les remercierai jamais assez. Pendant deux heures, ils m’ont parlé du Bio, de leur façon de cultiver, d’élever leur troupeau alors qu’avant, ils étaient comme moi, en conventionnel. Ils m’ont expliqué la philosophie des technologies Marcel Mézy. Ce jour-là, ça a basculé. Ce n’est pas un mot qui m’a marqué plus qu’un autre mais l’harmonie qui émanait de ce qu’ils me racontaient, du lien entre les brebis et le sol, de cette vie microbienne qu’ils avaient recrée. C’est comme si, eux, avaient réussi à reconstituer un puzzle qui me semblait alors infaisable. D’un coup c’est devenu une évidence. C’est cela qu’il fallait que je fasse. En plus, ils semblaient tellement bien dans leur peau ».

« J’ai retrouvé le fil de ma vie »

En 2008, Frédéric Bousquet se met en conversion Bio et vit cette période comme une libération : « C’était un nouveau défi et celui-là, j’ai tout de suis senti qu’il allait dans le bon sens. C’est le seul changement qui ne m’a pas coûté d’argent. C’est comme si j’avais retrouvé le fil de ma vie ». La même année, il monte un dossier avec ses sœurs pour installer des panneaux photovoltaïques sur ses bâtiments : « Ça m’a permis de dégager un salaire et donc d’arrêter avec un grand soulagement les agneaux à l’engraissement ».

Avec 900 brebis en Bio et un lait bien rémunéré, Frédéric qui a quitté Roquefort pour les laiteries Triballat, se refait une santé financière en moins de trois ans. Par le biais de la Chambre d’Agriculture, il rencontre alors des céréaliers Bio qui vivent bien et qui ont surtout décidé de prendre le temps de vivre. En 2014, il décide d’arrêter progressivement les brebis laitières pour ne faire que des céréales Bio. Il lui reste aujourd’hui 180 brebis et en novembre prochain les dernières auront quitté la bergerie : « Ce choix c’est tout sauf le choix de l’argent. En 2017, je suis arrivé à la fin de mes emprunts et aujourd’hui j’ai avant tout envie de liberté, envie de vivre et de m’occuper de mes enfants de neuf et onze ans ».

Ces dernières années, il les a passées à bâtir sa nouvelle vie, à lui donner du sens et de l’harmonie. A Clapiès, sur les 80 hectares de l’exploitation qui est d’un seul tenant, il s’est rapproché de l’Association Arbres, Haies, Paysages de l’Aveyron pour mettre en place une première haie anti-érosion de 750 mètres. D’ici quelques années, il espère en avoir planté cinq kilomètres, seule solution durable pour éviter de voir partir régulièrement la couche supérieure du sol lors de violentes précipitations : « Avec ces haies, c’est tout un nouvel équilibre qui va se mettre en place, elles vont aussi attirer les auxilliaires qui aident à lutter contre certaines maladies et parasites. En mettant tout cela en place, j’ai le sentiment fort de laisser mon empreinte».

Sur ses terres, Frédéric continue de faire des rotations comme s’il était sur une ferme faisant de l’élevage : « Je fais quarante hectares de prairies temporaires et je vends le foin à des fermes du coin qui en ont besoin. Le reste se partage en blé meunier, colza, sarrazin, luzerne, lin, orge et pois protéagineux »

A 47 ans, Frédéric n’a jamais connu la quiétude, n’a pris de vacances qu’au compte-gouttes: « Je n’ai jamais été paisible. Dans mon nouveau système, de novembre à avril je vais vraiment être très libre. Moi qui n’ai jamais pris de coupure, je ne sais pas comment je vais réagir. J’ai plein de choses qui me passent par la tête. Une chose est certaine, je n’aurai pas la nostalgie de ma vie d’avant. Dans la première partie de ma vie professionnelle, j’étais un Frédéric formaté, sous influence mais le vrai c’est celui d’aujourd’hui. Une vraie renaissance».

Avec les technologies Marcel Mézy, Frédéric pense avoir trouvé le bon allié pour aller encore plus loin dans sa démarche : « Je ne veux pas acheter de la fiente de volaille ou du fumier pour mettre sur mes sols. Le Bactériosol fixe le carbone et l’azote et grâce à cela, je vais pouvoir faire des cultures en circuit fermé. Il faudra surveiller les rendements mais je ne suis pas inquiet. En fait, je suis en train de reformater la ferme dans sa globalité et  Clapiès va vraiment être un bel endroit dans les années à venir… ».

« Marcel Mézy, un personnage rare »

Quand l’Association Pour la Santé de la Terre et du Vivant a vu le jour voici trois ans, Frédéric Bousquet a tout de suite répondu présent : « J’ai eu beaucoup de choses à penser et à trancher ces dernières années mais j’étais content de voir naître cette association. Je vais être beaucoup plus disponible pour y apporter ma contribution dans les mois et les années à venir. Ce doit être un lieu d’échanges incessants. Plus jeune j’étais très investi dans le monde associatif puis le travail a tout bouffé. Avec l’APSTV, je vais pouvoir à nouveau m’imprégner de cette culture de l’échange, je vais pouvoir recoller les morceaux».

Ces dernières années, Frédéric a rencontré à plusieurs reprises Marcel Mézy : « Je lui voue une telle admiration. C’est un personnage rare. Rare par ce qu’il a créé, rare par sa générosité. Il voudrait sauver le monde. Il y a une part d’utopie chez cette belle personne mais les utopistes ont aussi fait avancer le monde. Marcel Mézy, il faudrait qu’il vive jusqu’à 125 ans… !!! ».

Frédéric va certainement se séparer de la ferme qu’il possède à 40 kilomètres de Clapiès, à La Selve. Il veut tout recentrer sur les 80 hectares qui entoure la maison familiale : « Je veux connaître cette harmonie que j’ai vu chez certains céréaliers Bio. Je veux mettre ça bien propre, que ce soit facile à gérer. Je voudrais que les enfants la gardent, que ces 80 hectares d’un seul tenant soient une chance et pas un boulet. Je serai fier qu’ils gardent la ferme et qu’ils s’épanouissent à l’extérieur. A ceux qui doutent encore, je dis que passer en Bio ce n’est pas reculer, c’est simplement prendre une route parallèle ».

S’il veille maintenant sur sa maman, Frédéric pense souvent à Jean-Marie, son père, décédé brutalement il y a peu : « Il était très fier de ce que je faisais maintenant. Il a toujours été à fond derrière moi dans les grandes décisions ».

Et cette fois, Frédéric sait qu’il vient de prendre la plus grande décision de sa vie professionnelle. Pour une raison qui ne se discute même pas : il veut simplement profiter de la vie, de sa vie.

Patrick Le Roux

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